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David Kadouch au Verbier Festival
Le Temps, Jonas Pulver, 23 juillet 2010
Le pianiste imaginaire.

Le jeune soliste français, lauréat des Victoires de la musique, a des étincelles plein les doigts et des sons plein la tête. Il est en récital demain au Verbier Festival.

David Kadouch parle des femmes qui sont ses idoles. La pianiste Martha Argerich, qu’il vénère plus que toutes. La mezzo-soprano Cecilia Bartoli, muse du renouveau baroque. Ou encore les écrivaines Simone de Beauvoir et Marguerite Yourcenar. Quatre figures qui résument les ports d’attache d’un jeune musicien en pleine ascension. David Kadouch est ce pianiste niçois de 24 ans que la scène classique porte aux nues depuis son sacre aux Victoires de la musique 2010, dans la catégorie «Révélation instrumentale de l’année». Ça lui fait plaisir, bien sûr. Les salles qui se remplissent, les opportunités de jouer avec des orchestres prestigieux, de se produire dans de grands festivals – il joue Haydn, Schumann et Chostakovitch demain à Verbier, où il faisait un passage très remarqué l’an passé au sein de l’académie. «Mais ce succès, je préfère ne pas le vivre vraiment», explique-t-il un peu énigmatique, calé dans le fauteuil d’un grand hôtel genevois. «Je suis plutôt timide. Les concerts, ça peut brûler.»

Sur scène, David Kadouch crépite. Cherche l’étincelle. Mi-juillet, il s’enflammait au Festival genevois de Bellerive dans le Concerto n° 1 pour piano et trompette de Chostakovitch, entouré par le Verbier Festival Chamber Orchestra. Un son au fuselage vif-argent, à la limite de la dureté, mais doté d’élans faramineux; il y a là un vrai souffle de liberté, une présence de feu follet qui sait faire parler la poudre. «Presque une drogue, confie-t-il. Alors parfois, quand j’ai enfin quelques jours pour me reposer, je me retrouve au fond du gouffre. Je tombe malade, je reste au lit avec de la fièvre et mal à la gorge.»

L’histoire de David Kadouch, c’est un peu celle d’un rêveur qui se serait retrouvé prodige malgré lui, celle d’un poète propulsé sous les projecteurs au gré d’un talent par trop encombrant. Il n’a que 13 ans lorsqu’il est remarqué par Itzhak Perlman, qui lui ouvre les portes du Carnegie Hall de New York. Un an plus tard, David Kadouch intègre le Conservatoire national supérieur de Paris, dans la classe de Jacques Rouvier, le professeur d’Hélène Grimaud et de David Fray. «Encore aujour d’hui, je me dis de temps en temps: et si je ne devenais pas pianiste? J’adore lire. Je me serais bien vu professeur de littérature.»

letemps.ch

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jeudi 09 septembre 2010